Stephen Shore: Selected Works, 1973–1981

Aperture, 2017

Texts and image selections by Wes Anderson, Quentin Bajac, David Campany, Paul Graham, Guido Guidi, Takashi Homma, An-My Lê, Michael Lesy, Hans Ulrich Obrist, Richard Prince, Francine Prose, Ed Ruscha, Britt Salvesen, Taryn Simon, Thomas Struth, and Lynne Tillman.

Publisher’s description:

Stephen Shore’s Uncommon Places is a touchstone for those interested in photography and the American landscape. Remarkably, despite having been the focus of numerous shows and books, including the eponymous 1982 Aperture classic (expanded and reissued several times), this series of photographs has yet to be explored in its entirety. Over the past five years, Shore has scanned hundreds of negatives shot between 1973 and 1981. In this volume, Aperture has invited an international group of fifteen photographers, curators, authors, and cultural figures to select ten images apiece from this rarely seen cache of images. Each portfolio offers an idiosyncratic and revealing commentary on why this body of work continues to astound; how it has impacted the work of new generations of photography and the medium at large; and proposes new insight on Shore’s unique vision of America as transmuted in this totemic series.

Here is David Campany’s text for the book, with his selection from Stephen Shore’s project:

Like the best rambling nineteenth-century novels, Stephen Shore’s Uncommon Places is an embarrassment of riches. Attuned to time and place, it teems with so much life it is overwhelming. I once asked Stephen if he knew how many photographs he had taken for this project. “I don’t,” he replied, “but I know that the number of pictures I find interesting is close to seven hundred.”
 I then asked how it was that within months of picking up 
a 4-by-5-inch camera, and then a 10-by-8-inch, he was making work of the very highest standards. “I can’t explain it. It would be awfully self-congratulatory to agree with you, but I understand what you’re saying.” I think even he is still trying to fathom the work’s depths.

In 2014 I wrote a book titled The Open Road: Photography and the American Road Trip. It includes a group of pictures from Uncommon Places, mixing celebrated images with the lesser known, as an entry point for newcomers. This time my choices are very different. I wouldn’t say it is a more personal or obscure selection, but it is definitely a narrower look. For me one of the joys of Uncommon Places is the infinitely delicate understanding of the color green. As the prime color of flora, green is eternal. As a color for cars, clothing, plastics, and the like, it goes in and out of fashion. Clearly Stephen was drawn to nature and manufacture, and in his photographs the relationship between them is by turns fraught, funny, poignant, surreal, and occasionally harmonious. You can see it in the greens.

In photography green often seems to be the most transparent color. By this I mean it’s the one that encourages us to look “through” the image as if to the world beyond. When we see green in a photograph,
 we tend to think it’s the unmediated color of the world that was before the camera. Stephen has often spoken of his interest during this project in the classical “picture window” and the illusions of three-dimensionality. Greens certainly helped him explore this.

We don’t have this feeling with photographed reds, blues, and yellows. So if an image sets off its green against one or more of those colors, something very complex can happen. This complexity is pictorial and aesthetic, but it’s also a complexity of the world itself. At the moment, the photographs by Stephen that I am most drawn to are the ones that keep me switching between nature and manufacture, depth and flatness, green and other colors.

Walker Evans once described color photography as vulgar, and therefore valid “when the point of a picture is precisely its vulgarity, or its color-accident through man’s hands, not God’s.” There’s some truth in that. We can all think of great examples, and there are many in this book. But Evans was writing in 1969, when color reproduction was still quite crude. I think he would change his mind if he saw how sensitive it has become. Today it is perfectly possible to picture nature and the work of man’s hand in the same image. It’s a challenge to do it well, of course, but the rewards are enormous.

Ginger Shore, West Palm Beach, Florida, November 14, 1977 © Stephen Shore

Grand Street at Mercer Street, New York, New York, February 24, 1974 © Stephen Shore

© Stephen Shore

Main Street, Rockland, Maine, July 17, 1974 © Stephen Shore

© Stephen Shore

© Stephen Shore

Cypress Gardens, Florida, November 16, 1977 © Stephen Shore

“Popeye” Perry, 105 Ridge Road, Lackawanna, Pennsylvania, October 26, 1977 © Stephen Shore

© Stephen Shore

© Stephen Shore

And in French:

À l’instar des meilleurs romans si foisonnants du XIXe siècle, le livre Uncommon Places de Stephen Shore est un véritable trésor de richesses. En harmonie avec l’époque et les lieux, il bouillonne de vie, à tel point qu’on peut se sentir quelque peu submergé. J’ai demandé un jour à Stephen s’il savait combien de photographies il avait prises pour ce projet. « Je n’en sais rien, m’a-t-il répondu, mais je sais que le nombre de photos que je trouve intéressantes s’élève à près de sept-cents. » Je lui ai alors demandé comment il expliquait le fait qu’en quelques mois après avoir reçu un 4×5, puis un 10×8, il faisait déjà du travail de très haute qualité.

« Je ne peux pas l’expliquer. Il serait très prétentieux de vous donner raison. Mais je comprends ce que vous dites ». J’ai l’impression que lui-même s’efforce encore d’appréhender la profondeur de son travail. En 2014, j’ai écrit un livre intitulé Road trips : voyages photographiques à travers l’Amérique. Il comprend un groupe de photographies tirées d’Uncommon Places et mélange les images connues et moins connues, formant un point d’entrée pour les nouveaux arrivants. Cette fois-ci, mes choix sont très différents. Je ne dirais pas que la sélection est plus personnelle ou plus obscure, mais qu’elle est sans aucun doute plus affinée.

Pour moi, l’une des joies que suscite Uncommon Places est l’infinie délicatesse de la compréhension de la couleur verte. En tant que teinte principale de la végétation, le vert est éternel. Utilisé pour les voitures, vêtements, matières plastique et autres, sa popularité connaît des hauts et des bas constants. Manifestement, Stephen était attiré par la nature et par la production manuelle. Dans ses photographies, le lien entre les deux est tour à tour douloureux, drôle, poignant, surréaliste et parfois même harmonieux. Et cela se voit dans ses verts.

En matière de photographie, le vert semble la plus transparente des couleurs. Par cela, je veux dire que c’est celle qui nous encourage à voir « à travers » l’image pour regarder le monde qui se situe de l’autre côté. Lorsque l’on voit du vert dans une photographie, on a tendance à penser qu’il s’agit de la couleur non altérée du monde qui se trouvait devant l’objectif. Au cours de son projet, Stephen a souvent parlé de son intérêt pour l’image classique de la fenêtre en tant que tableau et les illusions de la tridimensionnalité. De toute évidence, les verts l’ont aidé à explorer ce concept.

Avec les rouges, les bleus et les jaunes d’une photo, le sentiment est différent. Si une image fait ressortir son vert contre l’une de ces couleurs ou même plusieurs, il peut se passer quelque chose d’extrêmement complexe. Cette complexité est de nature picturale et esthétique mais découle également du monde lui-même. En ce moment, les photos de Stephen qui me fascinent le plus sont celles qui me font passer de la nature à la production, de la profondeur au plan plat, du vert à d’autres teintes.

Walker Evans a dit un jour que la photographie couleur était vulgaire et qu’elle était donc valide lorsque la raison d’être d’une image était précisément sa vulgarité ou un accident de couleur par la main de l’homme et non celle de Dieu. Il n’a pas tout à fait tort. Nous pouvons tous nous remémorer des exemples célèbres de cette façon de penser, et il y en a énormément dans ce livre. Mais Evans écrivait cela en 1969, à une époque où la reproduction en couleur était encore assez primitive. Je pense qu’il changerait d’avis en voyant à quel point elle est devenue subtile et sensible. De nos jours, il est parfaitement possible de représenter la nature et le travail de l’homme sur la même image. Naturellement, c’est un véritable défi, quand on souhaite le faire correctement, mais les récompenses sont immenses.